Ambroise Tézenas

Diplômé de l’École d’Arts Appliqués de Vevey (Suisse) Ambroise Tézenas collabore régulièrement avec la presse française et la presse internationale. Installé à Londres puis à Paris, est membre de l’agence Editing de 1999 à 2001. A partir, de 2002, il choisit de délaisser progressivement la presse pour se concentrer sur des projets personnels, travaillant notamment sur la mutation urbaine chinoise. Son livre Pékin, théâtre du people reçoit le Leica Européan Publisher Award for Photography. En 2009, il reçoit le Nikon Storry Teller pour ses photographies de Cuba, commande du New York Times magazine.

ambroisetezenas.com

 
 

ROUTES, BANGALORE-BOMBAY

INDE, 2016
réalisé DANS LE CADRE DE LA COMMANDE VOYAGE ORDINAIRE

« Quand l’association l’art à l’ouest m’a proposé de participer à son “Voyage Ordinaire”, j’ai immédiatement compris que m’était offerte l’opportunité de goûter à nouveau à l’errance, cette démarche de création où l’on photographie selon son inspiration en se laissant porter par les hasards du voyage, la route que l’on parcourt.

J’ai pris l’avion pour Bombay. J’ai des souvenirs de trajets en bus interminables en Inde, de voyages somnolents à l’arrière d’une Tata Ambassador. Mais j’avais toujours rêvé de traverser le pays en étant moi-même au volant pour vivre pleinement le chaos de la route indienne. Depuis Paris, j’ai eu du mal à réserver une voiture de location sans que l’on m’impose un chauffeur. Je voulais profiter de la solitude heureuse du voyageur qu’évoque Raymond Depardon. Être totalement maître de son parcours, s’égarer, s’arrêter quand on le souhaite, perdre du temps… Arrivé de nuit, après avoir récupéré mon véhicule dans la banlieue de la ville, j’ai commencé à rouler vers le sud. A trois heures du matin, je me suis arrêté boire un chai dans un de ces dhabas ouverts toute la nuit pour faire une première photographie et savourer ces moments où, loin de tout, on cherche finalement plus sa propre trace qu’autre chose. »

 
 

tourisme de la désolation

série présentée au festival cargo 2021

En 2004, en vacances au Sri Lanka, Ambroise Tézenas assista en direct à l’horreur du tsunami et de ses conséquences morbides, en l’occurrence une ligne ferroviaire balayée au cœur de la jungle. Quatre ans plus tard, il découvre que le lieu de l’accident est devenu une destination de ce que l’on nomme dark tourism, en français tourisme noir, tourisme macabre ou thanatourisme. Cette forme controversée de tourisme a été théorisée dans les années 1990 sous la plume de deux chercheurs américains, Malcom Foley et John J. Lennon : elle consiste à organiser la visite payante de lieux étroitement associés à la mort, à la souffrance ou aux catastrophes. Où se situe la frontière entre voyeurisme et devoir de mémoire ? « Et si, sous prétexte de devoir de mémoire, nous n’étions pas simplement en présence d’un marché de la barbarie humaine ? » écrit Ambroise Tézenas.
Sa recherche photographique commence en 2008 et se pense au long cours : il étudie l’offre proposée par l’industrie touristique sombre et part au musée national d’Auschwitz-Birkenau, à Oradoursur-Glane, sur les traces de l’assassinat de JFK, au musée du Génocide de Tuol Sleng au Cambodge, sur le circuit du génocide du Rwanda, au musée de la résistance ou au Parc de Maroun al-Ras au Liban, à Tchernobyl ou dans les ruines du tremblement de terre du Wenchuan. Partout, la désolation guette : c’est d’ailleurs ce titre générique, Tourisme de la désolation, qu’il adoptera pour nommer cette longue série. »

Éva Prouteau