Bruno Boudjelal

Français d’origine algérienne, membre de l’agence VU, Bruno Boudjelal pratique la photographie comme un mode de vie qui interroge sans cesse sa propre identité et nous confronte à la nôtre. Lorsqu’il décide avec son père de retourner en Algérie, il découvre à la fois un pays, une famille, un monde traversé de violences, des paysages qui lui parlent et des individus avec lesquels il dialogue sans savoir vraiment comment se situer. De là vingt années d’exploration très personnelle de l’Algérie, entre carnet de voyage et témoignage, qui vont l’amener à passer du noir et blanc à la couleur, à assumer de plus en plus le fait que son point de vue n’est que subjectif, marqué par son histoire personnelle mais curieux de mettre en perspective le quotidien et l’histoire. Deux autres grands chapitres, toujours en cours, se sont développés depuis, la traversée de l’Afrique du nord au sud et la banlieue parisienne.

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Ne mourons pas fatigués…
De l’autre côté
harragas

photographies & vidéos présentées au festival cargo 2024

Ne mourons pas fatigués… - Photographie
Ne mourons pas fatigués… est l’intention d’une histoire, celle de plusieurs migrants rencontrés dans différentes villes en France (Marseille) et à l’étranger (Meyrin, Naples, Tunis et Tanger) pour en rapporter des témoignages photographiques et des histoires. Il ne s’agit pas de collecter uniquement des récits de leurs voyages pour venir en Europe ou ceux de leurs vies ici, mais aussi de montrer comment s’exprime pour chacun d’eux la volonté de continuer à vivre et à avancer. Qu’est-ce qui leur permet d’être toujours là, debout, de s’inscrire dans la vie et de garder leur humanité.

De l'autre côté - Création vidéo
Cette vidéo a été réalisée en février 2021 à Tanger avec Luis et John. Un après-midi d’une journée grise et froide, ils m’ont proposé de venir à la plage avec eux et, à mon étonnement, m’ont encouragé en disant : « Viens avec nous, tu verras ». Nous nous sommes rendus sur une petite plage pas très loin du centre-ville. Je me suis assis alors qu’eux restaient debout au bord de l’eau scrutant l’horizon sans rien dire. J’ai alors décidé de commencer une vidéo. Deux autres migrants les ont rejoints contemplant eux aussi l’horizon et au loin la silhouette des côtes espagnoles qui se dessinaient. À la fin du tournage, un vieux monsieur est venu me parler, m’expliquant : « Ici, c’est devenu la plage des migrants. Non pas qu’ils essaient de partir de cet endroit car il est trop près du centre-ville, mais ils viennent tous chaque jour contempler l’autre côté. Là où ils aimeraient tant aller ! »

Harragas - Création vidéo
Harraga est un mot arabe qui veut dire « brûler ». On désigne ainsi les jeunes qui partent, qui brûlent la route, pour essayer de rejoindre l’Europe. En Algérie, ils partent essentiellement de deux régions, à l’est celle d’Annaba pour se rendre en Sardaigne et à l’ouest celle d’Oran pour se rendre en Espagne. Avant de prendre la mer les « harragas » demandent à des Algériens vivant en Espagne ou en Italie de leur envoyer des cartes SIM espagnoles ou italiennes. Une fois en possession de ces cartes SIM, ils les mettent dans leurs téléphones portables avant de prendre la mer. C’est ainsi qu’ils tenteront de se diriger au cours de leur traversée en consultant régulièrement leur téléphone pour voir s’ils ont du réseau et donc savoir s’ils se rapprochent des côtes espagnoles ou italiennes. Le téléphone portable a donc un rôle et une fonction très importante lorsque les « harragas » tentent de traverser la mer pour venir en Europe. Mais il leur donne aussi la possibilité de photographier et de filmer leur périple. Cela leur permet de garder une trace de leurs aventures qu’ils pourront montrer ou bien envoyer à ceux restés au pays. Grâce à un ami, j’ai pu en récupérer quelques-uns. La pièce ici présentée a été faite avec ces films.

Ne mourons pas fatigués… © Bruno Boudjelal, agence VU