Gilles Boudot

Né en 1953 à Toulon, Gilles Boudot commence la photographie à l’âge de 16 ans et forge sa pratique en autodidacte. Enseignant agrégé d'arts plastiques et collectionneur de véhicules anciens, il lie au fil du temps de solides pactes avec les objets désuets qu'il héberge et manipule dans l'atelier. Jadis enfant solitaire fasciné par les ouvrages de vulgarisation scientifique, il met en scène et questionne avec méthode, à travers la série « les Phénomènes Simples », nos certitudes quant à la science et cela jusqu'à l'absurde.

Ces images, tirées sur papier baryté et contre-collées sous une glace claire par un procédé à base de verre soluble acquièrent une autorité visuelle que seul l'humour, toujours présent, vient tempérer. Guidé par la force nostalgique des objets de rebut, il entame en 2008 une recherche photographique sur les confusions possibles entre la nature morte et la paysage. La série « les Grands Rangements » offre ainsi de vastes panoramas mélancoliques capturés à la chambre 6x12 sur un coin de table. Il réalise en 2018 la série « les Ustensiles », imaginant un inventaire du patrimoine industriel à l’aide d'ustensiles de cuisine. S'en suivra « les Brosses », paraphrasant cette fois l'Histoire Naturelle de Buffon illustrée par Jacques de Sève. Toujours proche des racines originelles de la photographie, il travaille actuellement au sténopé sur la figure humaine.

 
 

les ustensiles

série présentée au festival cargo 2022

Tout a commencé, paraît-il, il y a plus de 15 ans, par un petit croquis noté au stylo bille qui posait la question de l'échelle à travers un empilement de boîtes de conserves et qui donnait l'impression d'un édifice monumental. En 2018 Gilles Boudot met en œuvre cette idée à travers un dispositif simple : installer des objets sur une table et expérimenter le passage de la nature morte au paysage par des moyens tout aussi simples : un jeu sur le point de vue, la profondeur de champ et les échelles. Au-delà de l'illusion que son travail provoque d'emblée, l'artiste semble très attentif au parcours mental que le spectateur, confronté à ses photographies, ne manquera pas de faire. à savoir : entrer dans une image d'abord tout aussi rassurante que plastiquement séduisante, puis douter de ce qui est réellement sous ses yeux, découvrir le subterfuge et, finalement, s'accorder la secrète jubilation d'avoir été un instant dupé. S'instaure alors une connivence joyeuse entre l'artiste et le spectateur.