Mathieu Pernot

Mathieu Pernot est né en 1970 à Fréjus. Il vit et travaille à Paris. Après des études scientifiques, il entre à l’École nationale supérieure de la photographie d’Arles, d’où il sort diplômé en 1996.

Son œuvre s’inscrit dans la démarche de la photographie documentaire mais en détourne les protocoles afin d’explorer des formes alternatives et de construire des récits à plusieurs voix. L’artiste procède par séries qui sont autant de points de vue sur les grandes questions politiques et sociales qui agitent la société dans son rapport aux marges et à la périphérie. À partir de 2019, il effectue une série de voyages au Moyen-Orient et sur l’île de Lesbos et se confronte à une nouvelle façon de procéder, loin de la géographie habituelle de ses travaux antérieurs. C’est en 2010 qu’il réalise ses premières images sur les personnes migrantes avec des photographies prises dans la jungle de Calais et dans les rues de Paris de réfugiés dormant en extérieur. Par la suite, l’auteur va privilégier une approche plus ouverte et protéiforme en récoltant des images et des écrits produits par les exilés. Il va également coréaliser avec eux des représentations partagées qui seront réalisées à quatre mains au fil des années et des rencontres. Son travail a fait l’objet d’une rétrospective au jeu de Paume en 2014 et, en 2017, d’une exposition monographique aux Rencontres d’Arles sur les photographies qu’il réalise avec une famille rom depuis 20 ans. Il est l’auteur d’une quinzaine de monographies. Il a été récompensé par le prix Nadar en 2013 puis le prix Niepce en 2014. Il obtient le prix Henri Cartier Bresson en 2019 pour réaliser un projet au Moyen-Orient sur les traces de sa famille et de l’Histoire récente de la région.

Site de l’artiste

 
 
 

les migrants

extrait de la série présentée AU FEstival cargo 2024

« Cette série d’images a été réalisée en 2009 à Paris, à proximité du jardin Villemin où se retrouvaient des migrants afghans. Je suis allé les photographier très tôt le matin, dans le temps dont je disposais entre le lever du jour et la présence de la police venue les réveiller. Je les ai photographiés dans leur sommeil, le corps caché par un tissu, un drap ou un sac de couchage les recouvrant. Invisibles, silencieux et anonymes, réduits à l’état de simple forme, les individus se reposent et semblent se cacher, comme s’ils voulaient s’isoler d’un monde qui ne veut plus les voir. J’ai été ému par la présence de ces « refoulés » de l’histoire, ces figures d’une mondialisation inversée. J’ai été troublé par la beauté ambigüe de ces formes qui rappelaient celles d’une autre histoire. J’ai pensé que la meilleure image à faire était celle de leur sommeil, de cet ailleurs que l’on ne connaîtra jamais et qui constitue sans doute leur dernière échappée. Je n’ai pas voulu les réveiller. Je n’ai rien vu des migrants. »